Allez, je rends à César ce qui est à César… j’ai trouvé cette blagounette hilarante dans le non moins hilarant “Comment recycler les oiseaux mazoutés, et autres bons conseils d’écologie horripilante” de Sergio EMILSON aux éditions Plume de Carotte. Si vous aimez la nature et les beaux livres, si vous avez envie de détendre l’atmo-sphère écolo surfez sur leur site… ! Et puis courrez chez votre libraire préféré et faites péter la carte bleue ! Ahhh ! ça fait du bien !!!!
Car les vrais morceaux dans la yourte ont bien besoin de rigoler un peu…
Bon, on l’adore cette yourte, et ça nous fera quelque chose de la quitter ! Mais, franchement, vivement la quille ! On a pris l’eau, on a pris froid, on a pris chaud, on a appris à voler, et là , on fatigue…
Précisons que de vivre sous une yourte n’a pas été pour nous un choix de vie (respect !), mais une solution temporaire pour le temps des travaux de la maison… 3 ans bientôt, 3 longues années pendant lesquelles nous avons, il faut le reconnaître, beaucoup appris.
Je parle au passé alors qu’on est encore en plein dedans mais bon, ça avance…, je positive !
… On a pris l’eau
Les premiers mois ont été difficiles car très humides, nous nous sommes installé dans la yourte en août et l’automne est arrivé très vite. Notre yourte était équipée d’une toile épaisse qui avait dû être étanche dans une vie antérieure… résultat : infiltrations d’eau, gouttières et valse des bassines en plastok !
L’eau a complètement salopé les toiles intérieures et fait pourrir le jonc de mer (revêtement au sol) sur toute la périphérie, au point qu’il nous a fallu partiellement le changer ainsi qu’une lame de plancher ; opération délicate car la yourte est un peu… heu… meublée…
Pour remédier aux infiltrations et pour éviter que la pluie nous tombe sur la tête on a tenté la bâche extérieure , ce qui a achevé de nous mettre les nerfs en pelote : très bruyant la pluie sur une tente en plastique ! Sans compter les flap-flap de la bâche battue par le vent (les jours de vent bien sûr.. on ne pensait pas qu’il en y avait tant en Saône-et-Loire…) et le fait que nous ne pouvions pas la laisser en permanence à cause de la condensation… ce qui nous a valu de bons coup de speed à courir rattacher cette foutue bâche avant la pluie ou… sous la pluie ! Pour être honnête, on a trouvé assez désagréable de vivre dans une atmosphère froide et humide, toit humide, murs humides, porte et tonoo fermés et donc avec très peu de lumière naturelle, au bout d’un moment on craque un peu…. Et nous avons expérimenté l’opinion assez répandue selon laquelle la yourte mongole traditionnelle n’est pas adaptée à notre climat et que cela suppose de faire quelques adaptations. De fait, les choses se sont un peu arrangées pour nous dès que nous avons installé le poêle (en octobre)
et que sa chaleur est venue sécher les toiles, les feutres et nos cœurs ! Elles se sont ensuite définitivement arrangés l’automne suivant après l’acquisition d’un couvre-toit synthétique (genre de nylon enduit) parfaitement étanche, achetée chez yourte.com, alors là fini les infiltrations !
Reste que nous avons fait une erreur (heu … plein d’autres en fait !) de conception, qui tient aussi au fait que notre installation ne devait être que temporaire et nous n’avions pas envie de dépenser trop de temps et d’énergie à ça : le plancher carré ! Il aurait mieux valu un plancher rond épousant la forme de la yourte et permettant l’évacuation directe des écoulements d’eau, ce qui nous aurait évité la pourriture du jonc… promis, on ne refera pas deux fois la même bêtise !
… On a pris froid
Aglagla… une yourte n’a pas d’inertie, c’est une tente quoi ! un peu améliorée, mais une tente quand même ! Alors quand il fait -12 dehors et que le poêle est éteint, au bout d’un moment ça nous fait forcément du “moins” quelque chose dedans … Vous rentrez après deux jours d’absence (vraiment pas une bonne idée de s’absenter deux jours quand il fait si froid dehors, et même si c’est Noël… qu’on se le dise, on ne laisse pas une yourte seule aussi longtemps ! ) A ce moment là de deux choses l’une : soit vous avez choisi de vivre à la mongole, c’est à dire avec le strict minimum qui sied aux populations nomades et, en particulier, sans raccordement à l’eau… dans ce cas là tout va bien, vous allez juste vous cailler une bonne heure (au bas mot) avant que le poêle ne monte en chauffe ; au besoin vous allumez les gaz de la cuisinière et le four (si et seulement si vous avez une bouteille de propane… le butane ne supporte pas le froid vif !) et vous fournissez couettes et bouillottes à tout le monde, en même temps que vos encouragements (surtout au petit dernier qui du haut des ses 4 ans trouve qu’il fait vraiment très très froid !) “ça va aller” ! Soit vous n’avez pas voulu tout lâcher et que vous vivez à l’occidentale dans une yourte orientale : eau, électricité, machine à laver le linge, petite machine à laver la vaisselle (si, si… j’avoue… ), robinets… c’est là que ça se complique : tout est susceptible de geler dans les canalisations au risque de fusiller les appareils électroménager. quand vous rentrez à 1 heure du mat, vous avez toujours aussi froid mais ça ne vous fait plus vraiment rigoler ! Heureusement pour nous, nous avions pris la précaution à chaque fois que Météo France annonçait des grands froids, de purger la tuyauterie et nous avons eu plus de peur que de mal.
Bon, il faut dire quand même que c’est beau une yourte prise dans les glaces ou sous la neige.
Et c’est aussi plutôt sympa à vivre : le poêle tourne à plein régime, on a ni trop chaud ni trop froid, on vit dans une atmosphère sonore très douce et très feutrée, on se dit qu’on est enfin raccord avec la nature….
… On a pris chaud
Pas facile d’être sur le bon timing, et de maîtriser un poêle dans un si petit volume… ça nous a valu des 28 ° en plein hiver et en pleine nuit à devoir ouvrir la porte pour ne pas mourir de chaud, cherchez l’erreur ! Mais bon, c’est quand même moins rude que d’avoir froid, on se déshabille un peu, ça a aussi du bon ! Et puis il y a la vraie chaleur, quand le soleil vient taper sur le tonoo, là, c’est magique… la lumière irradie, enveloppe tout, et on se dit qu’on est heureux seulement pour avoir pu vivre ces instants là…
… On a appris à voler
Le vent… Voilà une vraie découverte pour nous, le vent. Quand on vit dans une maison de brique, de bois, de pierre, on ne le perçoit plus, on le devine en regardant par la fenêtre les branches des arbres se balancer en cadence, on le maudit dès qu’on entrouvre la porte, que l’on referme aussitôt… On ne sait plus vivre avec le vent. La première fois qu’il a soufflé très fort, tout a bougé autour de nous : tout ce qu’on avait laissé traîner dehors et qu’il a fallu courir récupérer jusqu’au fond de la forêt, mais aussi notre “maison plume”. Belle frayeur en vérité. Nous avions pris la précaution de la haubaner car nous ne voulions pas la voir s’envoler, mais le vent est toujours le plus fort, il s’insinue partout, il balaye tout… Une nuit entière nous n’avons pu fermer l’œil. les rafales s’engouffraient par le tonoo central et tourbillonnaient à l’intérieur, les perches tombaient, le treillis vacillait. C’était en février de l’année dernière, nous avons essuyé les derniers soubresauts de la tempête Xinthia qui a fait les ravages que l’on sait sur la côte vendéenne. Pas de mort d’homme chez nous, et finalement pas de dégâts, juste, donc, une belle frayeur. Vers minuit nous avons rapatrié tout le monde dans la maison et les enfants ont été enchanté de cette petite aventure… Il faut dire qu’ils dormaient comme des loirs quand nous avons décidé de quitter la yourte “on dirait qu’il y a du vent” nous a dit Jonas…
Je n’ai pas aimé ce moment là. je me souviens avoir lu sur un blog quelqu’un comparer sa yourte de plein vent à un bateau pris dans la tempête. Tout y est en effet, le bruit des bâches qui claquent, la structure qui se soulève, puis qui retombe… vraiment pas mon truc le bateau…
Et ça n’a pas été trop non plus le truc de la yourte.
Chahutée par le vent, les bois ont travaillé, elle a vrillé, les perches ont été désaxées et il nous a fallu la démonter partiellement pour tenter de la remettre d’aplomb.
Ce fut une belle et joyeuse et épuisante journée, j’ai eu une cuisine en plein air et Martin touchait le ciel depuis son lit superposé, mais nous ne sommes pas vraiment parvenu au résultat escompté , elle a toujours une “coquetterie dans l’œil” aurait dit ma grand-mère… advienne que pourra..
Et là, on fatigue…
Dans quelques mois, trois, peut-être quatre, les travaux de la maison, première tranche, seront achevés, et il sera temps pour nous de quitter notre yourte ; avec un petit pincement au cœur mais sans regrets. Besoin de silence, besoin de se sentir en sécurité… super envie de pouvoir aller faire pipi à L’INTERIEUR de la maison, et pas dehors, qu’il vente ou qu’il neige et que la lunette des toilettes est à -12° elle aussi !
Le choix de vivre momentanément sous yourte s’est fait naturellement. Nous voulions être sur le terrain, y faire accéder un mobil-home paraissait compliqué, d’autres avaient tenté l’expérience yourte avant nous, nous trouvions ça très en accord avec nos idées et très poétique… Nous le pensons encore, et regardons avec beaucoup d’admiration ceux et celles qui choisissent pour toujours ce mode d’habitat comme Iris et Guib en Corrèze (chapeau bas ! ), ceux et celles que l’administration française, dans sa raideur et sa connerie, veut contraindre à rentrer dans le rang via la loi loppsi 2…
Vivre sous une yourte c’est consentir à se débarrasser du superflu et parfois même de l’essentiel, c’est choisir volontairement la simplicité, le dénuement, sous peine d’étouffer très vite, car on ne repousse pas ses murs indéfiniment ; c’est accepter que la nature, ses bruits, ses échos, son souffle, ses colères, et toute cette eau… entre dans votre vie par la porte du sud et n’en ressorte pas ; c’est choisir de n’avoir pas forcément le dernier mot… toutes ces choses que nous n’avons pas vraiment su faire.. un peu, mais pas vraiment…
Et je dirais bien à tout ceux qui font ou feront ce choix mieux que nous demain, ce que disait Petite Soeur Magdeleine à ses soeurs de communauté dans de toutes autres circonstances, elle qui avait vécu avec les nomades en Algérie : “soyez légères comme des bulles de savons, laissez vous porter par le vent (…)”.
C’est cela. Pour vivre sous cet habitat plume il faut se faire bulle, en confiance, aussi léger qu’une bulle de savon.
Alors à toutes les bulles ici ou là…. BON VENT !
Très joli texte pour partager une expérience si singulière. Manque que le hurlement des loups et la visite des indiens, M’dame Ingalls !
Même pas peur, Charlesjecoupemastrèredeboisetjarrive veille !
euh… propriétaire d’une yourte depuis le moins d’octobre, j’ai quelques soucis que je ne peux résoudre. L’eau s’infiltre dans l’isolation juqu’a descendre au sol et le petit bourrelet qui se trouve sur le plancher ne sèche pas et voire même provoque de petites inondations quand il pleut trop. J’ai peur que le plancher pourrisse tout autour du treillis ou l’eau coule. Avez vous eu ce problème et sa solution?
merci d’avance
Bonjour Charlotte.
Oui, nous avons eu les mêmes soucis. Et oui, il y a un réel risque de pourriture du plancher et des feutres.
Pour le toit, nous avons eu recours, comme expliqué dans l’article à un couvre toit étanche et là plus de problème, même lors de fortes pluies.
Pour le bas des murs c’est plus compliqué.
Nous avons bien tenté d’y faire une “étanchéité”, mais le bois étant une matière vivante, il est très difficile de faire un joint efficace lorsque les planches travaillent. Il n’y a pas de solution miracle je crois. Et puis il y a toujours le phénomène de capillarité qui conduit l’eau le long du fil du bois.
La solution que j’ai adopté consiste à disposer tout le long du bas des murs une bande de pare pluie respirant d’environ 50 cm de large. 35 cm qui remontent le long du mur contre le feutre et les 15 restant sur le plancher. Pour pouvoir suivre la courbe de la yourte, il faut la découper en lais de 1,50 m environs en comptant un bon recouvrement entre chaque lais. Ce pare pluie est fixé au plancher par des tasseaux cloués au pied du mur. Pris en sandwich sous le pare pluie et au niveau des tasseaux, est disposé un joint de calfeutrage de fenêtre en mousse de polyuréthane (si je me souvient bien) le plus épais possible pour bien épouser le bois qui ne manquera pas de travailler. Donc, je résume. On a en remontant : le plancher, le joint, le pare pluie qui remonte le long du mur et le tasseau cloué qui bloque le tout. Il ne faut pas oublier aussi de percer le plancher de trous de 15-20 mm régulièrement au pied du mur pour évacuer l’eau plus vite.
Malgré cela, bien sûr l’eau s’infiltre encore mais on limite pas mal les dégâts.
Si votre débord de plancher n’est pas trop important autour de la yourte, je vous conseillerais de prolonger le pare-pluie pour qu’il déborde du plancher et ainsi conduire l’eau d’écoulement au sol.
Il reste que, normalement, les feutres ne devraient pas faire de bourrelets sur le sol. Facile à dire, car même si l’on prend la précaution au montage de les positionner à quelques centimètre du sol, le tassement général de la yourte au fil du temps les amène très vite à former ce foutu bourrelet. Un palliatif, peu commode en hiver il est vrai, consiste à relever les toiles pour bien mettre les feutres à l’air et ainsi les sécher dès que le temps le permet…
Mais il ne faut pas oublier que la yourte mongole est une habitation nomade, et que, par conséquent, elle a besoin d’être démontée, au moins partiellement, régulièrement (une fois par an à la belle saison) pour remettre les choses en ordre.
Voila, j’espère avoir été assez dans mes explications. N’hésitez pas à nous recontacter pour des précisions.
Bon courage.
Didier